Bert Dierick : « Des success-stories ? Donnez-moi plutôt les galères »

Au cours de l’interview, il désigne après quelques minutes l’arrière de ses chaussures. Sur la gauche figure l’inscription ALL, sur la droite IN. « C’est mon surnom depuis l’école. C’est ma philosophie de vie et ma façon de diriger Miniflat : all-in. Toujours se donner à fond. » Et c’est précisément ce que fait le gérant Bert Dierick lorsqu’il évoque le culte de la réussite chez d’autres entrepreneurs, les échanges avec ses collègues et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

« Quand je fais quelque chose, c’est à cent pour cent. Si quelqu’un me défie de participer au Dodentocht ? Je ne peux pas dire non. Je préfère marcher jusqu’à ce que la peau de mes pieds s’en aille plutôt que d’abandonner », affirme Bert Dierick. « Si des collègues participent aux Ten Miles ? Je veux en être aussi. Et même si ma condition physique est mauvaise à ce moment-là : si je prends le départ, je termine la course. C’est le côté fanatique en moi. »

Ce fanatisme est encore décuplé lorsqu’il s’agit de Miniflat. « C’est le bébé de mon père. Je m’y investis totalement, il m’est impossible de faire les choses à moitié. C’est une préoccupation de chaque instant. Nos showrooms sont ouverts tous les jours : Miniflat ne s’arrête jamais », confie Bert. « Mais je ne vois pas cela comme une contrainte. Au contraire : cela ne me dérange absolument pas. (Regarde son téléphone portable). Nous sommes vendredi soir et j’ai encore beaucoup d’e-mails en attente de réponse. Cela ne me pose aucun problème de m’en occuper durant le week-end. »

« On m’appelle le Bertweter »

« Si je peux me donner ainsi pour l’entreprise, c’est grâce à ma femme. Je n’y parviens que parce que je sais que mon engagement envers Miniflat ne génère pas de stress à la maison. Elle y gère tout. Ma femme est une personne débrouillarde qui nous apporte, à moi et à notre famille, la stabilité dont nous avons besoin. Elle me donne cette liberté de faire ce que je fais. En échange, je dois bien l’écouter (rit). Chez Miniflat, c’est moi le patron, mais à la maison, c’est elle le chef. » Bert, nous allons faire comme ceci, et nous allons aborder cela comme cela. À l’entreprise, je dois constamment tirer la charrette, alors je trouve merveilleux qu’elle prenne les commandes à la maison. C’est la même chose en vacances. Là aussi, je me laisse guider par le groupe. Organisez tout ça, les gars, tout me va. »

« Un autre élément qui rend cette charge de travail supportable pour moi : la liberté d’organiser ma journée comme je l’entends », souligne Bert Dierick. « Certains soirs, je travaille tard, mais c’est parce que je n’ai commencé qu’à dix heures du matin, par exemple. Parce que je voulais encore conduire mon fils au football. Si je devais rester assis ici à mon bureau tous les jours de telle heure à telle heure ? Je ne pourrais pas. Je n’aime pas la structure. Donnez-moi des lignes, et je colorie en dehors. C’est aussi pour cela que je suis devenu entrepreneur, parce que j’aime faire ce qu’il me plaît (rit). Et parce que j’aime avoir raison. Mes sœurs m’appellent Le Bertweter (Monsieur Je-sais-tout), cela veut tout dire. »

« Cette liberté existe parce que je ne suis pas indispensable chez Miniflat. Si je m’absente une journée, je suis certain que tout continue de tourner. Je ne suis pas nécessaire ici. Et je trouve cela fantastique, cela m’apporte une tranquillité d’esprit. »

« J’ai le cuir solide »

Les bourses financières qui fluctuent. Les modifications de la fiscalité immobilière. Les réglementations de plus en plus strictes concernant la construction et la rénovation. Comment une personne qui est « all-in » gère-t-elle des facteurs qu’elle ne peut contrôler ? « Nos vérandas et extensions sont des produits de luxe. Nous suivons donc en effet les vagues de l’économie. Si la situation est mauvaise, nos clients reportent leur investissement. Si elle est bonne, nous ne parvenons pas à suivre. Ces vagues ballottent notre entreprise entre trop calme et trop intense. Parfois, notre production annuelle est bouclée en trois mois, d’autres fois, c’est le calme plat pendant trois mois. Si c’était une ligne stable, j’aurais le plus beau métier du monde. »

« Je n’ai donc pas tout en main, non », reconnaît Bert Dierick. « Heureusement, je ne panique pas facilement. En tant que gérant, je ne peux pas me permettre de me perdre dans ces vagues. Oui, je suis très impliqué, mais j’ai aussi grandi dans ce secteur. Et c’est un milieu qui connaît des hauts et des bas. J’ai la chance d’avoir le cuir solide. Vous pourriez m’annoncer ici une nouvelle aux conséquences dramatiques pour mon entreprise, une heure plus tard, j’y verrais déjà des opportunités. Souvent, on me dit ici : Mais Bert, tu n’as pas entendu ce qu’il vient de dire ? Si je n’avais pas cette résilience, je ne ferais plus mon métier. Entreprendre, c’est encaisser des coups de temps en temps. Mais c’est toujours se relever. »

« C’est pourquoi je ne les crois pas, ces entrepreneurs et ces entreprises pour qui tout va toujours bien. À chaque événement de réseautage, on entend les mêmes histoires fantastiques. Je le dis d’ailleurs : Il est impossible que vous ne rencontriez jamais de revers, n’est-ce pas ? Quand je creuse un peu, il s’avère que c’est tout de même un peu plus nuancé. Et c’est ce que je veux entendre. Les success-stories m’intéressent peu, je veux les galères. Les moments difficiles, c’est de là que l’on apprend en tant qu’entrepreneur. Comment a-t-il ou a-t-elle relevé ces défis ? Quelles erreurs ont été commises ? C’est pourquoi je parle aussi librement des défis chez Miniflat. Je n’ai aucun mal à les partager : je peux parler facilement de mon entreprise. Dans ces conversations aussi, je suis all-in », conclut Bert Dierick. « Et c’est alors formidable de recevoir en retour un récit honnête et authentique. »

Questions à cœur ouvert à Bert Dierick

À quel point êtes-vous ouvert et sincère avec votre personnel ?

« Je suis très accessible et disponible presque 24h/24, 7j/7. Je fais partie de tous les groupes WhatsApp des collègues. »

En tant que gérant, vous êtes directement responsable du bonheur (financier) de nombreux employés et de leurs familles. Comment gérez-vous cela ?

« Je choisis de ne pas trop y penser. Nous travaillons sur deux sites, nous sommes donc dispersés. C’est moins confrontant. Je ne prends conscience du nombre de personnes qui travaillent ici que lorsque je me promène à midi et que je vois toutes ces voitures garées… Ou lors des fêtes du personnel : autant de monde réuni ! Cela me prend alors à la gorge. »

En 2014, il y a eu un changement de pouvoir : vous avez repris l’entreprise de votre père. Quel regard portez-vous sur cette période ?

« J’ai une admiration incroyable pour mon père. Il est toujours mon ultime recours. Mais la transmission… cela a été un moment intense. Ma sœur l’a un jour joliment résumé : dans un groupe de lions, le pouvoir ne se transmet pas avec un high five. Le jeune challenger évince l’ancien chef. Ensuite, il est le seul et unique leader. Mon père et moi avons aussi beaucoup discuté. Mais après cela, la pression est retombée. »

Qu’en est-il du stress ? Comment vous détendez-vous après une journée de travail mouvementée ?

« Je pense et j’espère ne pas ramener mon stress à la maison. Je travaille dans le Limbourg, mais j’habite à Anvers. Pendant ce trajet, je décompresse. Le temps d’arriver chez moi, j’ai débranché. Je ne parle pas non plus beaucoup de mon travail. Ma femme ne sait presque rien de Miniflat. Elle me raconte beaucoup de choses sur son métier, mais personnellement, j’en ressens moins le besoin. »

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